Claude Debussy

Cloches à travers les feuilles

 

Cette pièce très poétique demeure assez mystérieuse du point de vue de la composition. Nous allons toutefois tenter de pénétrer son univers. La précision de l’écriture, la superposition des différentes strates sonores et l’utilisation de la gamme par tons et du pentatonisme chinois vont permettre au compositeur de mettre en lumière la correspondance entre les sens : sons, couleurs, visions participent d’une même intuition. Debussy n’admettait pas qu’on le qualifie de compositeur impressionniste mais préférait plutôt celui de symboliste.

Le morceau commence par un fragment de la gamme par ton,

 

 

descendant puis ascendant comme une oscillation lente qui confère un certain balancement.
Un premier motif émerge tandis que les deux parties inférieures sont en miroir.

 

 

Pendant que les quatre la successifs (soprano au 1er temps, alto au 2ème temps, basse au 3ème et alto au 4ème) produisent un écho : la pulsation est présente sans que l’on ne s’en aperçoive ; l’ambiance est ainsi créée.
Un passage à caractère tonal mais non défini éclaire ce paysage, précédant un ensemble de 7 mesures qui est une sorte de parenthèse où le temps semble suspendu.

 

 

Comme une réminiscence des 2 premières mesures, la pièce se poursuit avant de s’ouvrir sur le passage central de l’œuvre, plus animé.

 

 

L’utilisation de syncopes au soprano, de la gamme chinoise (brisée, quartes descendantes) à l’alto, des secondes majeures et des basses profondes donnent l’illusion de résonances. Effet de cloches et de bruissements plongent l’auditeur dans une atmosphère bucolique saisissante.
Un bref souvenir du commencement (mesure 3) dont les strates ne sont plus écrites en miroir mais utilisent le parallélisme.

 

 

Et la musique s’éteint doucement dans les profondeurs du piano (quintes successives dans les graves) avant de faire entendre le dernier accord, mystérieux, suspendu, flottant sur les derniers harmoniques.

 

« Je voulais à la musique une liberté qu’elle contient peut-être plus que n’importe quel art, n’étant pas bornée à une reproduction plus ou moins exacte de la nature, mais aux correspondances mystérieuses entre la nature et l’imagination. »  Claude Debussy

 

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